2/10Aëla

/ Critique - écrit par iscarioth, le 17/06/2007
Notre verdict : 2/10 - Juvénile (Ecrivez votre critique)

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Aëla est une série juvénile et maladroite, de bout en bout. On trouve des talents et des histoires bien plus intéressantes dans n'importe quel fanzine.

Rappelez-vous votre enfance. L'œil vif, le corps frétillant, après avoir pour la millième fois visionné Conan le barbare ou lu Rahan. Après ça, la plupart d'entre nous sont allés courir les rues un bout de bois à la main en poussant des rugissements guerriers. D'autres ont pris un crayon et un bout de papier.

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Non, cet article n'a pas été écrit pour blesser ni pour se moquer bêtement. On aimerait pouvoir féliciter tout travail de création, à respecter au moins comme tel. Si Aëla dérange, ce n'est pas par son message, ni même par sa faiblesse scénaristique et graphique, mais par son extrême juvénilité. Aëla, c'est la caricature de l'héroïc fantasy. Car oui, on classera bien cette série dans la catégorie HF, malgré l'ancrage chez les vikings, le contenu étant à mille lieues de toute velléité historique. Aëla, c'est donc de l'héroïc fantasy juvénile. On imagine la série écrite et dessinée par deux gamins de quatorze-quinze ans, passionnés par les jeux de rôles et les bandes dessinées Soleil, recopiant maladroitement les motifs des cartes Magic et les nains barbus des albums de la firme Boudjellal.

Maladroits et naïfs, Stéphane Duval et Pascal Bertho le sont que ce soit dans leur création graphique, leur scénario, leurs dialogues ou leur technique narrative. Les scènes panoramiques sont risibles, faisant passer une assemblée de Playmobils pour une fresque historique ou épique. En arrière plan, les figurants sont comme des pantins figés (tome 2, page 10), le décor n'atteste pas d'un gramme d'imagination : palissades, huttes, boucliers sont comme on peut les voir dans un album des Schtroumpfs ou d'Astérix. Les approximations anatomiques sont parmi les plus énormes jamais rencontrées (un exemple parmi tant d'autres, la page 11, tome 2). En feuilletant les pages de Aëla, on se dit que ce travail est bien trop maladroit et approximatif pour être publié... Et pourtant...

Gudruun, Irduin, Aëla... Si l'on devait organiser un concours héroïc fantasy aela02f02_250
des noms les plus fortement connotés héroïc fantasy, Aëla serait en bonne position pour remporter la palme du ridicule et de la surenchère. Evidemment, dans Aëla, il est question de batailles, de peuples très antagonistes qui se font la guerre... La routine aux pays des barbus et des princesses guerrières. Les personnages sont archétypaux : l'héroïne est chevaleresque, loyale, grande combattante, sans peur et sans reproche, avec une seule faiblesse ; elle est tétanisée par l'idée d'ôter la vie (touchant, non ?). Les dialogues sont truffés d'artifices tendant à l'exposition d'une situation, du caractère d'un personnage, à résumer de précédents événements...

Les moments les plus ridicules sont certainement ceux des joutes verbales. Des personnages aux caractères forts, s'affrontant par les mots, se titillant, c'est typique de l'héroïc fantasy. Quand les dialoguistes sont bons, les moments d'affrontement sont à savourer en conséquence. Dans le cas d'Aëla, entre les tirades moralisantes, les complaintes de preux chevaliers et les quelques vannes minables, peu de place pour autre chose que le ridicule. Les auteurs essayent de jouer sur plusieurs tableaux sans jamais parvenir à convaincre sur aucun. Sur une même planche, parfois, ils tentent d'être humoristiques dans le trait et dans le scénario, pour s'essayer au moment d'après à plus de réalisme. Exemple avec la page 20 du deuxième tome, page significative, où l'on relève les gimmicks du manga : doigt levé, bouche grande ouverte, yeux plissés (vignette 3). Deux cases plus tard, les auteurs, par un très gros plan, partent à la recherche du détail, vont jusqu'à disséquer le pourtour de l'oeil d'un personnage, par des traits fins qu'on a voulu réalistes.

Aëla est une série juvénile et maladroite, de bout en bout. On trouve des talents et des histoires bien plus intéressantes dans n'importe quel fanzine.


Liste des albums (mise à jour au 8 juillet 2008) :

Tome 1 - Princesse viking (2006)
Tome 2 - L'homme d'or (2007)
Tome 3 - Le prince de nulle part (2008)

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