8/10A pink story

/ Critique - écrit par Maixent, le 12/11/2021
Notre verdict : 8/10 - La vie en rose (Ecrivez votre critique)

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Mon manuel LGBTQI+

L'expression roman graphique est maintenant reprise un petit peu partout pour donner un caractère légitime à la bande dessinée et l'éloigner d'une vision infantile du support. Le roman graphique est donc destiné à un public adulte, dans un format souvent plus petit mais plus épais (on s'éloigne des 48 pages standards de la bande dessinée franco-belge pour avoisiner les 300). On y trouve souvent un contexte social et un engagement politique pour une réflexion globale utilisant plusieurs formes graphiques. Or, A pink Story de Kate Charlesworth correspond parfaitement à la définition. Cette somme de l'histoire LGBTQI+ se déroule sur près de 70 ans, de 1953 à 2021, mêlant histoire personnelle, réalité historique, documents d'archives, pop culture et politique où comment un ensemble d'éléments précautionneusement agencés ont contribué à façonner une histoire. Un travail titanesque d'une richesse incroyable qui demande une concentration extrême à la lecture et gardant une cohérence globale pour revenir sur les heures de combat mais aussi de rire et de joie d'une histoire qui continue toujours de s'écrire.


Marche des fiertés

 

L'histoire de la communauté LGBTQI+ ne se trouve pas ou peu dans les livres d'Histoire. Cependant, comme dans tous les cas, la connaissance est le seul moyen d'appréhender le monde afin d'éviter les écueils du passé et de ne pas se fourvoyer dans des idées préconçues mettant à mal celles là même que l'on défend. La communauté LGBTQI+ a une histoire faite de combats, d'activisme politique, de déceptions, de théâtre, de journaux clandestins, de lieux de rencontres. Un patchwork complexe qu'est la vie et que Kate Charlesworth restitue en suivant son propre parcours et ses archives personnelles, s'orientant donc de facto vers son vécu lesbien sans pour autant omettre les autres minorités et leur impact sur la transformation du monde, allant du personnel à l'universel en englobant l'ensemble de la grande communauté gay. L'homosexualité n'est évident pas née au XXème siècle,on peut cependant admettre que le XXème siècle est celui des bouleversements au Royaume-Uni et plus largement dans la culture occidentale et ces bouleversements sont une connaissance nécessaire pour mieux appréhender la société dans son ensemble.
Questions intimes

 

Le fil rouge du récit, soit le parcours personnel de l'auteur, s'ouvre en 2016 où quatre vieilles copines vont évoquer leur souvenirs. Des parcours intrinsèquement liés à l'histoire de l'homosexualité et sa perception par la société agrémentés de documents d'archives chronologiques, des repères historiques qui nourrissent le récit, mis en parallèle avec la vie de Kate Charlesworth. Ainsi, à sa naissance en 1950 répond un ensemble de documents comme le fait qu'en 1953 le mot « homosexuel » est prononcé pour la première fois à la BBC. Les chapitres sont ainsi formés de périodes choisies de l'histoire illustrées de documents d'archives auxquels répond la vie de l'auteur et ce tout au long du récit. Tandis que l'auteur découvre sa « différence », le monde évolue lentement. Un monde dans lequel elle tente de trouver sa place sans vraiment de références explicites, faite de rencontres, de choix professionnels et de rapports parfois tendus avec sa famille.

 

 


Ces personnalités qui changent le monde

 

On a donc à faire à un ouvrage extrêmement dense et fouillé ne se contentant pas d'exhumer des faits via Wikipédia mais faisant œuvre de recherche et de compilation d'éléments divers et variés pour une compréhension globale. Cette approche permet la création d'une œuvre didactique sans pour autant être assommante, poursuivant un militantisme intelligent qui laisse la porte ouverte à une interprétation personnelle par les faits. Ainsi, en balayant l'entièreté du spectre de la « culture gay », chacun pourra y piocher des éléments disparates qui feront résonance dans son propre parcours. Par exemple une grande part est faite au théâtre et la création de pièces ayant pour vocation de mettre en avant un mode de vie ou tout simplement de donner une visibilité à des personnes non-hétérosexuelles. Mais on trouvera également des références au sport avec la mention de Billie Jean King, joueuse de tennis professionnelle et pionnière du féminisme. Des références plus grand public comme lorsque notre héroïne ira voir David Bowie en concert ou des allusions répétées à la chanteuse Dusty Springfield, star britannique des années 60 et lesbienne. Impossible de répertorier l'ensemble des faits présents dans ce livre. D'autant qu'il s'agit pour la plupart d'éléménts qui ne sont pas ou peu maîtrisés au XXIeme siècle par un public français, même s'intéressant depuis longtemps au sujet. Et c'est aussi la force de l'ouvrage, de donner un nombre incommensurable de pistes à creuser tout en rappelant que ce qui semblait acquis ne l'est pas vraiment tant tout s'est passé à la fois vite et lentement comme le fait que la première marche des fiertés en Écosse a eu lieu à Édimbourg et seulement en 1996.

En 50 ans, le monde a été bouleversé. On oublie à quel point la Grande-Bretagne a pu être hostile envers l'univers LGBTQI+ pour aboutir à un large consensus et une acceptation allant jusqu'à l'égalité des droits même s'il faut toujours rester attentif aux dérives obscurantistes. A pink story est un acte politique de grande ampleur à conserver absolument pour ne jamais oublier qu'il y a quelques années, ce livre aurait pu être censuré voire détruit. Une œuvre majeure.

 

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