7/10A l'ombre du convoi - Tome 1 - Le Poids du passé

/ Critique - écrit par plienard, le 14/02/2012
Notre verdict : 7/10 - À la lumière de ce qu’on voit (Ecrivez votre critique)

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J’espère que vous ne m’en voudrez pas mais je vais, pour une fois, utiliser la chance qu’il m'est donné de pouvoir dire ce que je pense, en allant plus loin que la simple critique d’un album. Il est des albums et des moments qui s’y prêtent. C’est, à mon avis, le cas ici.

À l’ombre du convoi est tirée d’une histoire vraie. En 1943, des résistants belges (trois au total) ont réussi l’exploit d’arrêter un convoi en route pour Auschwitz et à faire s’échapper une partie des juifs. Ce fait est unique durant toute la guerre.

A l'ombre du convoi - Tome 1 - Le Poids du passé
DR.
Revenons un peu en arrière. 1929, une grave crise boursière éclate. Le jeudi noir, 29 octobre 1929, la bourse s’effondre et plonge le monde dans une récession économique mondiale. Après les années folles du début des années 20, le choc est d’autant plus marquant. S’en suivront les événements que l’on connaît (malheureusement). Et comment ne pas penser à ce qu’il nous arrive maintenant ? 2008 une grave crise boursière met la finance en pagaille. Trois ans plus tard, rien n’est réglé et le pire nous attend peut-être. Cela dépend de nous, et de nous seuls. Nous devons faire les bons choix, même s’ils ne sont pas faciles, même s’ils ne sont pas folichons. Tous les ingrédients sont, en tout cas, présents pour que l’histoire se répète. Sauf qu’il est plus facile de chasser l’ennemi qui vient de l’extérieur que celui de l’intérieur.

Et pour vous décider, quoi de mieux que l’Histoire et, plus humblement, cette bonne histoire en bande dessinée. Olya est une jeune juive allemande. Elle est dans le train qui l’emmène à Auschwitz et, par le biais de flashback, elle nous raconte sa petite histoire dans la grande. La nuit de cristal, sa fuite d’Allemagne vers la Belgique, son amitié avec le « vrai » allemand Wilhem, les humiliations (parce qu’elle est juive), ses amours, les trahisons... sont les épreuves qu’elle a dû subir avant d’arriver dans ce train de la mort. Mais ce livre ne lui est pas entièrement consacré. Il pose aussi les jalons de l’histoire, explique le poids du passé et montre que la fin de la première guerre mondiale n’a rien réglé. Les rancœurs et le terreau de la haine sont toujours là, auxquels s’ajoute un fond d’antisémitisme.

Bien sûr, ce premier tome – un deuxième et dernier tome est ensuite prévu – n’a pas la force ni la puissance d’un Maus. Pourtant, il émeut, et peut-être, pour certains, il révolte encore sur ce qui a pu se dérouler à cette époque. Personnellement, c’est toujours mon cas. La préface de Simon Gronowski, un des survivants de ce train, pose aussi l’intrigue, lui donne toute sa crédibilité et son authenticité, même si l’histoire d’Olya dessinée par José-Maria Beroy et scénarisée par Kid Toussaint, est fictive.

L’album est superbement fait. Il allie parfaitement les retours en arrière et le présent, le tout s’articulant aisément. On comprend mieux certains personnages, certaines réactions, certaines situations. Le dessin est, lui, très précis et expressif. Il donne le ton de l’histoire. On espère et on sent que cet album peut servir de témoignage et d’avertissement. Car, comme le dit Simon Gronowski, « celui qui entend un témoin devient témoin à son tour ». Espérons donc que le plus grand nombre de lecteurs possibles liront cet album. Et si, dans l’avenir, vous ne savez pas pour qui voter après cet album, vous saurez au moins pour qui il ne faut pas le faire.

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