A boire et à manger - Guillaume Long, l’interview

/ Interview - écrit par Guillom (), le 05/03/2013

Temps de lecture estimé de l'article : 6 minute(s) - laisser un commentaire

Certains aiment manger. Certains aiment dessiner. Guillaume Long, lui, peut faire les deux. Son blog, A boire et à manger, est une source d’inspiration pour ceux qui veulent préparer de bons petits plats tout en se payant une bonne tranche de rigolade.   

Pourquoi la cuisine ?

C’est une passion qui me vient de mon enfance. Ma mère cuisine et cuisinait beaucoup quand j’étais petit et je faisais mes devoirs sur la table de la cuisine, donc je la regardais toujours cuisiner. Je pense que c’est ça qui a déclenché ma passion pour la gastronomie. Après, quand j’étais étudiant, j’ai toujours préféré dépenser quelques euros pour acheter des pâtes et de la sauce tomate plutôt que d’aller au restaurant universitaire manger des choses dégueulasses. J’avais l’impression de me sauver la vie. Après j’ai continué parce que c’était le plaisir de faire à manger pour les gens, pour les copines avec qui j’ai vécu. Enfin, la cuisine, c’est bien !


Droits réservés Long et Gallimard

Après, pourquoi en parler en bande dessinée, c’est une bonne question… Quand j’ai commencé la BD, il y a de ça à peu près dix ans, je faisais beaucoup d’autobiographies et je dessinais des petites recettes pour mes copains. Puis j’ai laissé tomber mais je me disais toujours qu’il fallait que je fasse une espèce de grosse encyclopédie sur la nourriture, mille pages, avec mon nom frappé en lettres d’or sur la couverture. C’est un projet qui était super impressionnant et que j’ajournais toujours en fait. Finalement, c’est en rencontrant les gens du Monde.fr en 2009, qui ouvraient une rubrique gastronomie, que j’ai commencé ce gros travail par le petit bout de la lorgnette, c'est-à-dire par le blog et en faisait des histoires au jour le jour. Avec cette espèce de petite pression des délais imposés et avec les commentaires des gens qui attendaient mon boulot, je me suis mis à travailler assez vite et, en deux ans, j’ai pu faire entre 200 et 350 pages. Après, naturellement, j’ai proposé mon travail à des éditeurs. Plein ont accepté et j’en ai choisi un.

Comment s’est faite cette collaboration avec Le Monde.fr ?

Cette collaboration s’est faite par l’intermédiaire de Martin Vidberg, qui fait L’actu en patates, et lui savait que j’avais ce projet de bande dessinée sur la gastronomie. Quand les gens du monde.fr ont ouvert cette rubrique, ils cherchaient des journalistes, des illustrateurs, etc. Martin m’a dit que je devrais leur proposer. A l’époque, Boris Razon était le rédacteur en chef et c’était un fan du Gourmet Solitaire de Taniguchi, que je n’avais pas lu, mais je savais que lui l’avait lu. Un jour il me téléphone « Alors, on a vu tes dessins, on aime bien, est-ce que tu connais le Gourmet Solitaire ? » Et moi j’étais là « Oui oui, bien sûr ». Il me demande ce que j’en pense et moi de répondre que c’est un peu l’esprit du blog que je veux faire et que j’adore ce bouquin. Il a été tout de suite très enthousiaste, on s’y est mis et un mois plus tard, je n’avais toujours aucune idée de ce que j’allais faire... J’ai commencé la première planche, la première histoire de la BD d’ailleurs : c’est moi en train de chercher un titre pour le blog. Depuis ce moment là, j’ai toujours travaillé un peu en improvisation et dans l’urgence, en ne sachant pas ce que j’allais traiter à l’avance mais toujours des idées qui me venaient comme ça, naturellement.

Comment as-tu fait la connaissance de Martin Vidberg, qui dessine aussi pour Le Monde.fr ?

Martin Vidberg, à la base, c’était un lecteur. J’ai commencé la BD avant lui, bien qu’il soit maintenant beaucoup plus connu que moi. On s’est rencontré à Besançon. J’y allais pour recevoir un prix et lui était là. Il connaissait mes dessins et lisait mes albums. C’est une des trois personnes avec qui j’ai passé la soirée. Et c’est lui qui m’a rendu service trois ans plus tard en me mettant en contact avec les gens du monde. Une belle histoire d’amitié.

Comment ton dessin a-t-il évolué depuis la recette au couscous ?


Droits réservés Long et Lemonde.fr
La recette du couscous était un de mes premiers travaux. Ça m’atterre. J’ai évolué en dessin mais les mécanismes narratifs sont restés les mêmes en 10 ans. Mais j’aime bien inventer des personnages, de la fiction, par exemple Monsieur Gallimard que j’utilise beaucoup. Sur A boire et à manger, même si il y a une forte impression d’autobiographie, c’est en fait très fictionnel. On me demande aussi des fois si je fais à manger en fonction du blog, mais ça ne m’arrive jamais : je me fais à bouffer, je vois une situation et au bout d’un moment je me dis qu’avec les deux ensembles, je peux faire une histoire. Mais je ne fais jamais des choses exprès, je pense que ça ne marcherait pas sinon. J’ai toujours mis beaucoup de fiction, même si mon travail est très autobiographique. Dans mes histoires, il doit y avoir 20% de vrai, parce que j’ai une vie qui est tout à fait normale, et si je la raconte tel quel, ce n’est pas vraiment intéressant. Donc j’invente des choses, je la romance. Et puis il y a aussi le fait que je fais de la bande dessinée pour m’approprier le monde qui m’entoure. Pas pour l’améliorer, mais pour le rendre un peu plus acceptable. C’est un peu confus, mais c’est une manière de fuir un peu la réalité.

Donc Florian, le cuisinier covoitureur, n’est qu’un produit de ton imagination ?


Droits réservés Long et Lemonde.fr

Alors non, il existe vraiment, mais il n’est pas du tout comme ça. Il est prof de cuisine, très doué d’ailleurs : il a terminé en quart de final aux Meilleurs Ouvriers de France, il y a quelques années. Il relit la plupart de mes posts pour vérifier que je ne marque pas de bêtises. Donc mes recettes sont validées par un professionnel. Après je lui ai donné un caractère un peu Depardieu dans La chèvre, un côté assez brutal alors que moi, je fais un peu le Pierre Richard. Je me donne un côté volontairement assez ingénu en fait, un côté candide parce que ça permet de faire passer beaucoup de choses par le biais de l’humour

Pourquoi avoir choisi la BD humoristique pour traiter de la gastronomie ?

Parce que je ne sais pas faire autre chose. J’ai un dessin déjà qui s’y prête : je ne suis pas capable d’avoir un dessin très classique, comme Loisel par exemple. Je m’y suis essayé avec La cellule, mais je trouve que mon trait de crayon est un peu raide. Après je ne suis jamais très tendre avec mes albums passés.


Droits réservés Long et Lemonde.fr
En fait c’est marrant, je ne fait pas du tout le même genre de BD que je lis. Je lis beaucoup de fiction, avec beaucoup d’aventures et ce que je fais, genre les petits riens de la vie quotidienne, ça m’intéresse moins. Par contre c’est mon langage, ma manière de raconter les choses, donc je le fait un peu par défaut. Par exemple, cette année, je vais me reposer un peu de l’édition puisque j’ai sorti deux albums de A boire et à manger, et ça m’a flingué beaucoup de mon temps, de mon été et de mes vacances. Donc je vais me reposer un peu et je vais écrire une histoire de fiction, un peu comédie dramatique, qui sera dessinée par quelqu’un d’autre. Le dessin, j’y suis venu par nécessité. Quand j’ai commencé la BD, je ne connaissais personne et je voyais qu’il y avait des gens qui avaient des dessins très simples : je m’y suis mis. Ce qui m’intéresse, c’est raconter des histoires, le dessin n’est qu’un moyen d’y parvenir, un outil. 

A découvrir
Les Formidables aventures de Lapinot - Tomes 1, 2, 3, 4 et 6
Les Formidables aventures de Lapinot - Tomes 1, 2, 3, 4 et 6
Sambre
Sambre
V pour Vendetta
V pour Vendetta