8/10Sasmira - Tome 3 - Rien

/ Critique - écrit par Maixent, le 19/11/2016
Notre verdict : 8/10 - La vie après la mort (Ecrivez votre critique)

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Les origines de Sasmira

Le rythme de parution de Sasmira s’accélère à une vitesse folle. Le premier tome,  L'appel date de 1997, le deuxième, Fausse note de 2011, soit près de quinze ans après tandis qu'il n'a fallu que cinq ans entre le deuxième et le troisième. Une suite toujours autant attendue qui en révèle beaucoup plus sur le passé de la mystérieuse Sasmira. 


Déjeuner sur l'herbe

 

Sasmira reprend à peu près le même schéma narratif que Balade au bout du monde du même auteur. Un savant mélange d'onirisme noir et d'aventure intérieure. Les héros comme le lecteur basculent dans un monde hors du temps, fascinant et dangereux, duquel il est quasiment impossible de s'évader. Dans Ballade au bout du monde, Arthis, héros de notre temps est capturé dans un marais par des chevaliers, il se retrouve alors dans une prison moyenâgeuse  et devra comprendre le monde qui l'entoure désormais, ses codes et ses règles pour pouvoir espérer retrouver une vie normale dans son époque. Au centre de l'intrigue, deux femmes, Anne qui tente de retrouver Arthis et une mystérieuse femme brune. Un mélange maitrisé d'intrigues politiques, de luttes internes, et de magie qui conduisent à la folie. Vicomte rentre dans les méandres de l'esprit humain dans tout ce qu'il a de poétique et d'insensé, des histoires alchimiques qui émeuvent et s'adressent directement à la sensibilité du lecteur. On retrouve la même chose ici. 

Dans les deux premiers tomes, Bertille et Stanislas se retrouvent projetés au début du vingtième siècle soit près de cent ans en
Mode 1900

 

arrière. Sans le vouloir, ils ont invoqué la "magie sacrée" et sont alors recueillis par la mystérieuse Prudence qui semble en savoir plus qu'elle ne veut bien le dire. Dans une ambiance feutrée, comme dans une partie de campagne bucolique, le mystère se fait jour peu à peu, tout s'articulant autour de Sasmira, troublante et énigmatique. Venue de la fin des temps, plus précisèment, elle est née il y a 4273 ans en Egypte, elle a traversé le temps. Ce troisième tome propose de répondre à la question du pourquoi et des causes de cette immortalité, mais aussi les conséquences et le lien inaliénable avec Stanislas. 

Fille illégitime du pharaon Pépi II, elle est un jour piquée par une abeille. S'en suit un choc anaphylactique qui la fait passer pour morte pendant une demi-heure, son coeur ayant cessé de battre. Pour son peuple, dont la religion est liée à la mort, elle est revenue du pays des ombres mais questionnée sur la vie dans l'au-delà, elle ne peut que répondre qu'il n'y a rien,ce qui est inadmissible. "Sauvée" par l'amour de son père, elle ne sera pas mise à mort mais isolée et contrainte de porter un bâillon pendant plusieurs années. Elle passera ensuite des siècles à défendre des philosophies progressistes issues de l'épicurisme, convaincue qu'il n'y a rien après notre existence terrestre. Son immortalité est expliquée plus tard dans le récit, liée à la magie et à l'amour. L'assistant du grand prêtre magicien chargé des rites funéraires, voyant que Sasmira se refuse à lui, l'emprisonne dans l'immortalité. Seul l'acte d'amour peut la délivrer de ce sort funeste, mais à condition que chacun porte une bague créée spécialement, sinon, Sasmira mourra. Elle a donc le choix entre vivre seule et sans amour pour l'éternité, "cet amour qui seul permet de supporter la condition humaine", ou  briser le sort avec l'assistant. Stanislas et Bertille, embarqués dans cette histoire d'amour à travers les âges sont tous deux victimes du destin, Bertille étant un obstacle à Sasmira et vieillissant trop vite de causes non naturelles, tandis que Stanislas est confronté à un choix cornélien, sauver Sasmira qui est attiré par elle autant qu'elle l'est par lui ou Bertille. 


La "mort" de Sasmira

 

L'histoire répond à des interrogations légitimes de l'auteur et poursuit l'intrigue mais avec beaucoup moins de finesse que dans les tomes précédents. Ce troisième tome raconte une histoire, et c'est un tome d'exposition avant les révélations finales qui ne sauraient tarder. Il en est de même pour le dessin. On trouve moins de détails que lorsque Vicomte était seul aux commandes, s'amusant des détails et des points de vue des personnages, un grand travail était fait par exemple sur les lunettes de Bertille, avec également une portée symbolique, montrant à quel point le personnage est dans la brume de ses pensées tout comme sa vision est brouillée. Ici le dessin est explicatif et ne participe pas à l'onirisime de l'ensemble. Dans les premiers tomes on était amoureux du regard mélancolique de Sasmira, troublé comme l'est Stanislas par une simple photographie jaunie et des toilettes début de siècle représentées à la perfection, là l'émotion s'estompe. 

Sasmira reste cependant une très grande épopée de la bande dessinée au même titre que Sambre ou La quête de l'oiseau du temps. Malheureusement, dans ces trois exemples, les suites s'étiolent et on s'éloigne du matériau d'origine qui avait su réellement nous transporter à travers le temps. 

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