9/10Midnight Nation - Happy nation ?

/ Critique - écrit par Canette Ultra, le 26/03/2014
Notre verdict : 9/10 - Le chemin de la gloire !

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Lorsque Straczynski donne dans l'introspection, nous avons un comics dense dont la puissance mérite d'être lu ou relu ! Il devrait même être lu à l'école ce comics !

Joe Michael Straczynski est un auteur que nous ne présentons plus sur Krinein notamment avec Rising Stars qui nous avait fait forte impression. Nous le retrouvons dans un récit presque introspectif avec Midnight Nation. En effet, lorsque l’on prend le temps de lire sa postface, nous comprenons davantage les thèmes de cet album. La quête de soi, l’exclusion, l’autre monde qui gravite autour de celui que la plupart des gens semblent connaître, tout cela est une réalité que Straczynski a vécu puis dont il a lentement écrit ce que nous allons décrire plus amplement. Pour retranscrire sa vision, il s’adjoint les services de Gary Frank, un vétéran des comics qui a travaillé sur des classiques (X-Men, Docteur Strange), du rafraichissant Gen13, du revival comme Supreme Power (avec Straczynski) ou du culte Batman Year One. Dans cet album, il va donner corps à la vision de l’auteur et transformer le personnage principal en héros des temps modernes.


J'étais sur la route...

 

En effet, David Grey est un héros du quotidien quelque part. Inspecteur de police dévoué, il se dédie corps et âme à la protection des civils. Sa dernière enquête l’envoie dans les bas-fonds de la cité des anges et il est le seul à s’intéresser aux massacres d’un serial killer. Sa piste va le conduire devant l’impensable, à savoir des sortes de spectres tueurs qui vont, avec l’aide d’un mystérieux personnage, faire passer David de vie à trépas. Enfin, pas tout à fait. Notre héros va se retrouver de l’autre côté de la vie. Un monde fantomatique où les gens « tombent » lorsque la société ne daignent plus leur accorder un regard. Un monde de paria où la vie se fait de récup’ et où la survie est un enfer où règne les fameux spectres qu’a vu David : les marcheurs. David n’est pas comme les âmes en peine qui peuplent cet espace adjacent de la vie dite normale. Il a un an pour aller à New York et retrouver son âme qui a été prise par le chef des marcheurs. Une quête commence alors pour David. Une quête qui va l’amener à comprendre cette réalité cachée mais aussi à reprendre son âme. Ceci dit, tout héros a besoin d’un guide et c’est Laurel qui va s’en charger. Cette femme semble tout connaître ou presque de ce monde et elle a déjà aidé d’autres personnes dans cette mission. Le seul point noir, c’est que Laurel n’a connu que des échecs dans son rôle de guide.

Le pitch paraît long mais il n’est qu’une faible vision de ce qui nous attend. Derrière tout ça, on voit la quête d’un homme pour récupérer son âme mais également la quête de l’espèce humaine dans sa capacité à aider son prochain et à se redonner de l’espoir où il n’y en a plus. Le début du périple de David est d’ailleurs profondément déprimant. L’espoir n’est même pas une lueur tant le monde parait froid et sombre. Puis au fil des changements qui vont s’opérer en David, nous allons petit à petit nous faire emporter par un élan de courage. Cependant, cet élan sera toujours sur le fil du rasoir comme pour montrer que David a beau devenir plus fort, les dangers n’en sont pas moins grands puisque le temps alloué à sa quête ne cesse pas de s’amenuiser. David doit ainsi lutter contre cette force obscure qui veut le consumer et pour cela, son sens de l’abnégation et sa volonté d’aider autrui vont être de précieux remparts.


David Grey, un homme décidé ! 

 

Le travail de Gary Frank est d’ailleurs très fort puisque ce détective « normal » devient un véritable porte étendard d’une cause plus grande. Sans pouvoirs mais avec un profond sens de la justice, David apparaît sous les traits de Frank comme un Captain America d’un monde délaissé. Mâchoire carrée, engagement des corps et actions brutales font de ce périple une épopée contemporaine forte. La précision des dessins et leur découpage efficace transforme ainsi chaque paysage en champ de bataille glorieux ou en vision d’effroi. Ce qui commence comme une route déserte et abandonnée, finira dans une cité de flammes d’où s’échappent des tours saillantes semblables à la bouche d’un dragon. Midnight Nation est donc un récit fort aussi bien sur le fond que sur la forme. L’action se fait toujours dans un cadre qui permet d’enclencher de nouvelles réflexions. Néanmoins, il faut tout de même être prêt à accepter certaines choses. En effet, le récit n’est pas forcément facile à appréhender surtout au début du parcours ou dans sa partie New Yorkaise. De même, le graphisme très comics américain peut faire râler ceux qui voudrait une atmosphère plus sombre au vu du thème abordé. Pour ma part, ce graphisme renforce la volonté du héros et l’univers dans lequel il se trouve. Je regrette toutefois que les marcheurs affichent tous la même tête. Un album à découvrir en tout cas pour la force de son message.

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