Rue de Sèvres : La Venin T1, Speak

/ Critique - écrit par plienard, le 23/01/2019

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Deux femmes : l'une qui fait parler les armes à feu, l'autre qui voudrait juste dire ce qu'il s'est passé ...

La venin - Tome 1 : Déluge de feu - note : 8/10

C'est un western que Laurent Astier (Angles morts chez Paquet, Cellule poison chez Dargaud) et le éditions Rue de Sèvres nous proposent de découvrir en ce mois de janvier 2019. un genre revenu au goût du jour depuis quelques années avec des séries comme Undertaker, Stern, Duke, en encore Texas Jack. Cependant, le diptyque de Laurent Astier a quelque chose de différent puisque son personnage principal porte le jupon aussi bien que le Smith & Wesson.


© Rue de Sèvres 2019.

 Emily - c'est son prénom - est une fille de prostituée et elle se rend à Silver Creek pour se marier. Elle espère ainsi sortir de la condition que sa mère lui a laissé en héritage : la prostitution. Mais à son arrivée, le futur marié est étrangement absent. Ce serait-elle laissée abusée ? Pas vraiment, et c'est bien triste. Son ex-futur mari est décédé. Bloquée dans cette ville de chercheur d'or, sans le sou, la seule solution que lui propose le patron du saloon : faire le tapin. D'autant qu'une jolie fille comme elle, ça ne courre pas les rues dans la région. Mais Emily est-elle bien ce qu'elle dit être ?

C'est un western assez exaltant que nous sommes amenés à lire ici. Le personnage principal est assez retord et fait preuve d'un caractère très fort. Cette jeune femme crie à l'égalité homme-femme et contre l'injustice faite au sexe "faible" en cette époque de fin du dix-neuvième siècle en Amérique. Elle est sans doute en avance sur son temps mais surtout en conflit avec la société gouvernée par les hommes. Elle cherche donc à se venger, mais de quoi ? De qui ? C'est aussi l'intérêt de cet album qui donne des informations au compte-goutte mais suffisamment distillé par d'ingénieux aller-retour dans le passé pour capter l'intérêt du lecteur.

Une héroïne qui n'est pas sans rappeler les héroïnes de la série Shi (chez Dargaud) et un album qui distille son venin avec bonheur.

 

Speak - Tome 7/10

Le roman graphique d'Emily Carroll est tiré d'un livre de Laurie Halse Anderson et devrait faire parler de lui. C'est en tout cas tout le mal qu'on lui souhaite, tant le sujet auquel il s'attaque - le viol, mais surtout la culpabilité qu'il entraîne chez la victime -, aidé par la narration, bouleverse le lecteur ou la lectrice.


© Rue de Sèvres 2019.

 Melinda est une jeune lycéenne qui rentre en seconde. Mais sa rentrée est difficile car Rachel, sa meilleure amie, ne lui parle plus et beaucoup d'étudiants semble avoir une dent contre elle. Seule, Heather, qui n'est pas au courant de "l'incident" de l'été, et qui cherche aussi à s'intégrer à la vie du lycée, est tout heureuse que Melinda accepte sa compagnie.

On va suivre l'année scolaire de Mélinda et son interminable exclusion par le lycée qui ne lui pardonne pas d'avoir gâcher la fête du mois d'août. Mais pourquoi ne dit-elle rien ? Pourquoi ne pas expliquer ce qu'il s'est passé ? Elle culpabilise. Ses mots restent bloqués dans sa gorge. Impossible, de pouvoir se justifier. Et lorsqu'elle LE revoit, c'est la panique et la colère. Il faudrait pourtant qu'elle parle. Surtout qu'il sort maintenant avec Rachel. Elle doit à tout prix la prévenir.

Alors que l'affaire Weinstein continue de hanter toutes les têtes, ce genre d'album prend encore et toujours tout son sens. Si le début est poussif et qu'on comprend dans quel contexte on se situe, et pour quel raison Melinda se tient à l'écart de tout le monde, qu'elle reste muette à toute provocation, on finit par s'apercevoir qu'elle a subit un choc qui la tétanise. La vie du lycée, ses professeurs, semblent venir d'un autre monde. Des parents qui se disputent sans comprendre pourquoi ses notes ont dramatiquement chuté. Avec ce livre un eul mot semble utile à dire : parler !

 


Les couvertures des 2 albums - © Rue de Sèvres 2019.

 

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