FIBD - Angoulême 2019

/ Critique - écrit par plienard, le 20/01/2019

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Le festival international de la bande dessinée fête son 46ème épisode, encore et toujours à Angoulême, dans une relative tranquillité, sans esclandre ou indignation (pour l'instant). Mais ce n'est pas pour autant que les choses restent figées. En effet, le festival continue d'évoluer et de muer dans une volonté de suivre son temps mais aussi de désenclaver un média parfois trop cloisonné, en son sein, mais aussi avec les autres médias. C'est ainsi que la surface d'exposition s'accroît avec notamment l'espace dédié au manga qui est plus que doublé (on passe de 1000 à 2500 m2) et que les stands, scénographies et aménagements sont réalisés à base de carton dans une volonté d'avoir un événement éco-responsable.

Au total, douze expositions, une cinquantaine de débat, trois catalogues, de nombreux spectacles, un concert de dessins sont au programme de cette édition et dont voici un rapide aperçu, histoire de vous donner l'eau à la bouche et vous donner envie, peut-être, d'y aller voir.

 

LES EXPOSITIONS :

Chaque année, avant l'ouverture du festival, un vote est organisé parmi les autrices et les auteurs professionnels, pour élire le Grand prix. L'année dernière, le grand gagnant fut l'auteur Richard Corben qui a donc, et comme il se doit, une exposition qui lui est consacrée cette année.

Richard Corben - Donner corps à l'imaginaire se tiendra au musée d'Angoulême du 24 janvier au 10 mars 2019.
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 L'exposition reviendra sur près de 50 ans de dessins. L'américain débuta en 1968 avec des histoires courtes de science-fiction et d'horreur, avant de créer son fanzine Fantagor et de participer aux magazines Creepy, Eerie et Vampirella. Surnommé "Richard "Mozart" Corben" par Moebius, son style personnel fascine et montre une attirance pour la peur et l'horreur, mais avec distance et amusement. En France, on le retrouve dès le début des années 70 dans Actuel et aux Humanoïdes Associés qui en font un de leur premier auteur publié. Cette exposition, déconseillé au moins de 16 ans, regroupera 250 planches originales issues de collections privées.

 


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 Les années se suivent et les anniversaires restent. Cette année, c'est le tour du super héros américain créé par Bob Kane, Batman, qui fête ses 80 ans. Le héros de DC se voit offrir la plus grande des expositions - Batman 80 ans : un genre américain démasqué - qui ait été jamais vue au festival avec ses 600 m2 où le public pourra "évoluer dans les lieux les plus emblématiques de l'univers Batman", visiter la batcave, voir la batmobile du premier Tim Burton, des costumes et des planches inédites.

 


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 50 ans de carrière, cela se fête. Et si on peut le faire au FIBD, c'est le pied ! Et "prendre son pied" est sans doute une expression des plus convenues quand on parle de Milo Manara, ce maître de la bande dessinée. Six chapitres s'articuleront dans cette exposition - Manara, itinéraire d'un maestro de Pratt à Caravage - et dévoilera un auteur qui ne se limite pas à ses seuls titres érotiques. La rencontre avec Fellini, sa collaboration avec Hugo Pratt, 150 planches inédites et des documents rares et inédits dévoileront cet auteur "attaché à la culture italienne et ses icônes les plus illustres".

 


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 La place du manga est de plus en plus forte au festival. Cette année encore, et suite au succès de l'année dernière, il faudra compter sur quelques expositions pour montrer la diversité de ses auteurs. Taiyo Matsumoto, dessiner l'enfance revient sur un mangaka qui a déjà 30 ans de carrière  avec une exposition inédite et présentant près de 200 œuvres originales. Un auteur dont le dessin perpétuellement en mouvement va s'organiser selon une thématique récurrente : l'enfance bafouée. Amer Béton (Delcourt), Sunny (Kana) sont des voyages entre récits réalistes et fantasmagoriques où les héros sont des enfants livrés à eux-mêmes. Des sujets liés à son enfance et son passé ? Je vous laisse l'occasion de le découvrir par vous-même.

 


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 On reste dans l'enfance, mais avec un peu plus de légèreté et d'humour avec Tom-Tom et Nana présentent : Tout Bernadette Desprès. C'est à partir de 1977 que deux héros querelleurs mais créatifs apparaissent dans le mensuel "J'aime lire" (Bayard Presse). Sur des scénarii de Jacqueline Cohen (Eveline Reberg y participera par la suite), Bernadette Desprès va créer un univers coloré, drôle et fantaisiste. L'occasion vous sera donné de parcourir plus de 40 ans de travail au gré des témoignages, d'espaces issus de l'imagination de l'autrice, mais aussi de "dessiner, lire et visionner les aventures des deux héros dans leurs dessins animés".

 


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 Du manga,encore et toujours, avec l'expositionTsutomu Nihei, l'arpenteur du futur. Le créateur de la série Blame !, Knights of Sidonia et Aposimz est un des plus grands tenants de la science-fiction dans le manga. Traduit en français depuis une vingtaine d'années, ses univers sont la conséquence de son travail dans l'architecture et ses études de peinture à New York. Toute sa diversité graphique sera ici exposée à Angoulême à l'espace Franquin.

 


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 À l'Hôtel Saint-Simon, se tiendra l'exposition Rutu Modan, un théâtre tragi-comique qui est consacré à l'autrice israélienne récompensée par deux fois au festival (en 2007 pour Exits Wounds et en 2014 pour La Propriété). Son style se veut extrêmement réaliste, d'une manière assez crûe et d'un humour acide.

 


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 Jean Harambat est le lauréat du prix René Goscinny de 2018 et paraîtrait presque pour un jeune novice (il ne fait de la BD que depuis une dizaine d'années) au regard de la carrière des autres artistes exposés au festival. Au travers de son exposition, Jean Harambat  - Aller-Retour, vous allez découvrir un auteur au parcours atypique, avec des planches et des dessins originaux, mais aussi des objets, livres et films.

 


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 Jérémie Moreau est ce qu'on pourrait appeler un enfant du festival. En janvier 2018, à 30 ans, il recevait son troisième prix officiel (Fauve d'or) au festival en moins de 15 ans. L'artiste a commencé à 8 ans en participant au concours de BD scolaire et retente l'expérience chaque année jusqu'à le remporter en 2005. Et en 2012, il reçoit le prix Jeunes Talents pour un récit en trois planches. La saga de Jérémie Moreau reprend ce parcours étonnant.

 

 


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 Pierre feuille Ciseaux n°6 est une exposition par l'association ChiFouMi qui travaille pour faire reconnaître de nouvelles formes de bande dessinée. Elle organise depuis une dizaine d'années ce genre d'exposition et s'est installée cette année à Angoulême en réunissant une quinzaine d'autrices et auteurs.

 


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 La revue Bien, monsieur a remporté le fauve de la BD alternative en 2018 et a aussi droit à son exposition qui exprime le thème des luttes. Une quinzaine d'auteurs ayant participé à la revue sont à l'initiative de cette exposition au pavillon Jeunes Talents.

 

 

 

 

 

 


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 L'association Hippocampe œuvre "pour le développement d'actions culturelles et artistiques en faveur de l'insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées. Elle a créé un concours qui fête ses 20 ans - 20 ans d'Hippocampe - soutenu par le festival depuis 2005 et dont Frank Margerin réalise l'affiche à chaque édition en plus de son soutien. C'est ici une rétrospective sur l'historique de l'association et ses engagements.

 

LES RENCONTRES :

Les rencontres internationales (et Master Class) organisées au cours du festival vous donnent l'occasion de découvrir les influences et le travail d'auteurs au cours d'interview organisés par des spécialistes. C'est aussi une façon d'approfondir les expositions. Cette année, ce sont Milo Manara, Terry Moore, Kentaro Sato, Christian Rossi, Jean Harambat, Bernadette Desprès, Rutu Modan, Jérémie Moreau, Paru Itagaki, Tsutomu Nihei et Taiyo Matsumoto qui participeront à ces rencontres.

 

LES SPECTACLES  :


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 Devenus incontournables (depuis 2005) au sein du festival, les concerts de dessins seront encore bien présents cette année. Associé à l'orchestre de Paris et à la Philharmonie de Paris, BD et musique classique seront associées. Monstres d'Asie associera l'orchestre de Paris et Kim Jung Gi et ses fresques imaginaires pour trois représentations au théâtre d'Angoulême. En préambule au festival, Hänsel & Gretel sera présenté le week-end du 19 et 20 janvier à la Philharmonie de Paris sur des dessins de l'illustrateur Lorenzo Mattotti (Hänsel & Gretel paru en 2009 chez Gallimard Jeunesse) et avec la voix de Grand Corps Malade pour quatre représentations.

Pour la deuxième année consécutive, le FIBD d'Angoulême et Jazz Vienne s'associent pour se faire rencontrer le pianiste Chassol et l'artiste flamand Brecht Evens.

 

LES SORTIES EN FAMILLE : 

Mais le festival, c'est aussi l'occasion d'une sortie en famille et cette année encore de nombreuses animations seront disponibles pour vivre un beau moment.

Quelques animations prévues le dimanche 27 janvier seront dédiées à la famille. Une zombie walk sera organisée pour défiler dans la ville déguisée en personnages de Zombillénium (Dupuis, Arthur De Pins) avec un départ Place Marengo à 11h ; L'anniversaire d'Astérix qui fête ses 60 ans au quartier jeunesse ; 60 ans, c'est aussi l'âge de Boule et Bill qui organise pour l'occasion un goûter d'anniversaire au Magic Mirror, cour de l'Hôtel de Ville (à 15h). Quelques heures plus tôt, à 10h, vous pourrez vous initier aux arts du cirque dans l'univers des Spectaculaires (éditions Rue de Sèvres).

Enfin, au cours des quatre jours du festival, si vous voulez vous reposer un peu, des projections au CGR (quartier BD Ciné séries) sont organisées. Ainsi vous pourrez y voir des épisodes inédits de la série Boule et Bill  (Dargaud) et d'Ernest et Rebecca  (Guillaume Bianco et Antonello Dalena), le documentaire The scrooge mystery sur L'oncle Picsou et ses 70 ans en 2017, les coulisses et les premières images de la série Les Culottées (Pénélope Bagieu, Gallimard BD) prévue en 2020, la série Marblegen, La série les Pandas dans la brume de Tignous, seront organisées.

 

LA COMPETITION OFFICIELLE : 

Alors que le grand prix de cette année est en cours d'élection, le premier tour a déjà rendu son verdict. Il ne reste plus que trois lauréats qui sont, le français Emmanuel Guibert (La Guerre d'Alan, Le Photographe, Ariol), l'américain Chris Ware (28 Harvey awards, 22 Eisner awards et prix spécial du Jury en 2013 pour Building stories), et la japonaise Rumiko Takahashi (Ranma 1/2). Le (ou la) gagnant(e) sera connu(e) le 23 janvier 2019 au cours de la cérémonie d'ouverture du festival.


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 La sélections officielle (à visualiser sur notre site) de cette année est composée de 45 albums publiés en langue française et diffusés entre le 1er décembre 2017 et le 30 novembre 2018 dans les pays francophones. Parmi elle se trouve le futur Fauve d'or - prix du meilleur album et les trois Fauves d'Angoulême avec le prix spécial du Jury, le prix de la série et le prix révélation.

Quatre autres sélections sont aussi en lice comme celle du Polar (5 livres) déterminé par un jury de personnalités, celle du Patrimoine (8 livres) par le Grand Jury du festival et celle de la bande dessinée alternative (30 albums pour une production non professionnelle) par un jury d'experts.

Cette année le festival s'étendra sur 24900 m2 pour accueillir 200 000 visiteurs, attendra 1500 autrices et auteurs, 228 maisons d'éditions francophones. 23 pays sont représentés. 387 rencontres, ateliers, conférences, spectacles et projections seront organisés. Et 200 tonnes de livres seront acheminés.

Il me reste à vous souhaiter un bon festival et peut-être qu'on s'y rencontrera.

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