ATTENTION : CONTENU RESERVE A UN PUBLIC AVERTI

Les images et textes à caractère érotique, pornographique ou violent contenus dans cette page peuvent choquer certaines sensibilités. En consultant cette page, vous attestez être majeur au regard de la loi française et vous prenez vos responsabilités par rapport à son contenu.

CONSULTER QUITTER

8/10Druuna - Les origines

/ Critique - écrit par Maixent, le 07/02/2016
Notre verdict : 8/10 - Nouvelle Eve (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - laisser un commentaire

Les origines de la sulfureuse Druuna, errant entre paradis perdu et rêve de soi

Retour aux sources avec un préquel de Druuna mettant en avant les origines de la plus sulfureuse des héroïnes de la bande dessinée érotique.


L'artiste face à l'immensité de son oeuvre

Dans cet ouvrage sans paroles la part belle est laissée au dessin. Serpieri au sommet de son art laisse libre cours à ses fantasmes, se complaisant dans la représentation de sa muse, créature fantasmée et idyllique. Somme de toutes les femmes, Druuna est ici une Eve moderne et charnelle arrachée à son paradis perdu. Dans les albums précédents, nous la découvrions dans un monde ravagé par la maladie, peuplé de créatures hybrides. Un vaisseau perdu dans l’espace, condamné à mourir où Drunna était la seule à conserver son humanité, fleur du bitume perdue dans une folie dégénérative emportant tout sur son passage.

Ici, nous découvrons le monde originel de Druuna et un récit qui inaugure de la suite, laissant transparaitre en filigrane les thèmes chers à l’auteur dans une vision onirique reprenant ce qui a construit les huit tomes de la saga. Pour résumer, Druuna, coincée sur un vaisseau monstrueux à la dérive est confrontée au Mal, une maladie dégénérative qui annihile la population. Elle découvrira que son monde n’est que simulacre, basé sur une foi vacillante, et dirigé par Delta, l’ordinateur de bord devenu fou et contrôlant l’esprit de Lewis, le premier capitaine du vaisseau. Perdue dans les arcanes du temps et de l’espace, elle sera ensuite recueilli par un autre vaisseau, lui aussi plongé dans une atmosphère angoissante où les corps et les machines sont intrinsèquement mêlés. Dans sa quête métaphysique de trouver sa place en ce monde, et savoir qui elle est, créature fantasmée ou fantasmant ; ou tout simplement humaine, elle est secondée par un son amour, Shastar, désincarnation de l’Amour, présence monstrueuse et rassurante qui tente d’apporter son aide.
Entrer dans la matrice

 

On retrouvera donc par exemple Serpieri lui-même, déjà présents dans certains des albums grimés sous les traits du Doc qui recueillait Druuna après sa fuite du vaisseau-cité. Ici il apparaît deux fois. La première comme un peintre, allégorie de lui-même, absorbé dans son œuvre magistrale, une fresque monumentale qui avale l’auteur, le renvoyant à sa condition humaine face à la grandeur de l’Art. La deuxième d’une façon moins allégorique, brisant le troisième mur. Druuna lisant ses propres aventures comme Morbus Gravis. Renvoyant Drunna à sa condition de créature de papier fantasmé, presque humaine mais pas assez pour s’incarner totalement dans notre réalité. Car Druuna est bien une créature irréelle, fantasme d’un auteur qui a su le transmettre à des générations entières. A la fois brune et blonde. Capable de survivre au Mal et aux outrage, participant à une excitation mentale.

On découvre également les références ésotériques et religieuses qui transparaissent en filigrane dans l’ensemble de l’œuvre de Serpieri. La plus flagrante étant l’arbre de la connaissance dont Drunna fera mordre le fruit à un être hybride, après avoir pénétré une matrice représentée par une statue d’une femme enceinte, échappant ainsi au Mal. Le serpent biblique aussi est présent, terrassé par l’homme, d’abord empruntant une image de sauveur avant de révéler sa vraie nature cruelle et

sadique, tentant de violer la femme. Car plus que de Druuna, il s’agit de la condition féminine en général qui est mise en avant.


La violence des hommes

 

C’est donc un récit qui reprend tous les thèmes chers à la série Druuna. D’une manière parfois un peu simpliste et décevante mais avec un dessin superbe. On aurait sans doute voulu en voir un peu plus, en découvrir plus sur l’histoire de Druuna plutôt que de se contenter de voir en quelques cases son habitat primaire et de partir ensuite dans un rêve onirique mais c’est aussi le propos de la saga. Serpieri illustre ici en quelques pages une oeuvre colossale qui s’est déroulée sur plusieurs années, comme un monument hommage tentant d’incarner un univers riche et complexe

A noter que cette nouvelle édition est le prélude d’une réédition complète de la saga, le premier tome, réunissant Morbus Gravis et Delta, soit avant que Druuna ne soit recueillie étant déjà disponible. Le tout agrémenté de très beaux crayonnés et d’une ébauche d’album, prélude à une œuvre majeure de la bande dessinée érotique.

A découvrir

Vous pouvez aussi découvrir d'autres excellents articles sur Krinein, comme celui-ci : Androïdes – Tome 2 : Heureux qui comme Ulysse