8.5/10100%

/ Critique - écrit par riffhifi, le 10/03/2008
Notre verdict : 8.5/10 - Pope up the volume (Ecrivez votre critique)

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Une oeuvre saisissante, spontanée et incroyablement riche. Paul Pope rappelle qu'il est un des auteurs les plus intéressants de la BD US actuelle.

Les œuvres de Paul Pope ont mis quelques années à atteindre les rayons des libraires français, mais ce retard semble en train d'être efficacement épongé : Batman année 100 et Heavy Liquid sont sortis l'an dernier, et 100% arrive ce mois-ci, très peu de temps après le 110% de Tony Consiglio aux éditions ça et là (aucun lien de parenté néanmoins). 100% ne date pas d'hier ; si Paul Pope l'a réalisé entre 2001 et 2003, on en trouve les premières esquisses il y a plus de 10 ans (les bonus en fin d'ouvrage montrent un dessin faxé datant de mars 1998). Une œuvre forte et très personnelle, à côté de laquelle on aurait bien tort de passer.

Au Catshack, la boîte hype du New York de 2038, le strip-tease et la danse du ventre ont fait place à la danse gastro : les spectateurs peuvent se repaître de la vue des entrailles des danseuses pendant que leur corps s'embrase en surface à l'aide d'un matériel technologique sophistiqué. En parallèle de cet excès de débauche, trois couples s'effleurent douloureusement, avec une sensibilité qu'on pensait éteinte dans un monde où la plus frêle des jeunes filles décide de se munir
d'une arme pour se sentir en sécurité. Trois couples improbables, écorchés vif malgré leurs apparences (un boxeur, deux danseuses gastro...).

Si Heavy Liquid constituait une relative déception, avec son univers réussi mais tournant autour d'une intrigue à la fois trop reconnaissable et mal investie, 100% se pose comme un classique instantané du roman graphique (bien que l'attribution de cette appellation prête le flanc à un débat dans lequel on ne rentrera pas ici) d'une densité et d'une richesse rares. Si Paul Pope s'attache finalement moins à la peinture du futur que dans Heavy Liquid,, qui était parsemé de fausses pubs et d'informations sur la technologie et la mode, ce n'est que pour mieux se concentrer sur ses personnages, aux caractères complexes et passionnants : paumés, pleins de vie, fragiles, fascinants, les six protagonistes traversent l'album comme autant de comètes, laissant chacun dans leur sillage une trace différente ; savoir comment chacun finira son parcours est finalement assez annexe dans la démarche de Pope, mais contrairement à Heavy Liquid qui reposait sur un mystère à résoudre, 100% est une étude de caractères, un sextuple portrait localisé dans un univers futuriste fourmillant d'agitation, de bruit, de détails visuels,
plongeant le lecteur dans un mélange d'euphorie et d'angoisse difficile à définir.

Initialement paru en 5 volumes chez DC Comics, 100% est réédité chez Dargaud en un seul gros tome, qui ne souffre pas des mêmes (petites) imperfections que Heavy Liquid (à l'exception de la traduction fil / thread, qui est finalement plus un pinaillage qu'autre chose puisque le français de 2038 serait probablement tellement apparenté à l'anglais que le texte en deviendrait incompréhensible). Onze pages de croquis, de notes et d'informations viennent joliment compléter un album dont la noirceur et la beauté justifient déjà largement l'achat.

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